Par Paul D. Miller ou Dj Spooky that Subliminal
Kid
NYC 2002
"Il y a un chaînon manquant
dans la réaction en chaîne qui accompagne l'acte
créatif. Ce manque qui représente l'impossibilité
de l'artiste à exprimer entièrement son intention,
cette différence entre ce qu'il voulait réaliser
et ce qu'il a réalisé, est le "coefficient
art" de la pièce. Autrement dit, le "coefficient
art" personel est comme une relation arythmétique
entre l'inexprimé volontaire et l'involontairement exprimé..."
Marcel Duchamp, "L'acte créatif"
1957
Etre dj, au début, était
pour moi un passe-temps. C’était une expérimentation
avec rythme et solutions, rythme et signaux: poser l’aiguille
sur le disque et voir ce qui se passe lorque ce son est appliqué
à ce contexte, ou lorsque ce son s’écrase
dans cet enregistrement… vous voyez ce que je veux dire.
Les premières impulsions que j’ai eues au sujet
de la culture dj ont pour origine cette idée –
jeu et irrévérence envers l’objet trouvé
que nous consommons et la sensation que quelque chose de nouveau
était devant nos yeux blasés alors que, au tournant
du 21eme siècle, nous regardions l’écran
de l’ordinateur. Je voulais insufler un peu de vie dans
cette relation passive que nous avions avec les objets qui nous
entourrent et ammener un sens d’incertitude permanente
dans le role que l’art a dans nos vies. Pour moi, en tant
qu’artiste, écrivain et musicien, il semble que
les platines étaient en quelque sorte imprégnées
de l’art d’être des machines de permutation
de mémoire – elles changaient mon souvenir des
sons, et me rappelaient une experience différente à
chaque écoute. Le “phonograph” dans mon travail
artistique représentait ce que le théoricien Francis
Yates appellerait “memory palaces” dans le contexte
contemporain – retracez l’éthymology du mot
à “sound writing” ou “phono-graph”
et imaginez un scénario où l’”aura”
de Walter Benjamin devient une onde sonore qui danse au bord
de la mémoire, et vous aurez une idée générale
de ce dont je parle. Quand j’ai commencé, je voulais
montrer des trucs complexes – le fait que le “phonograph”
était une machine à jouer avec la mémoire
traduit dans une sorte de jeu philosophique d’intentionalité
mélangé à ce que John Cage appellerait
“chance operation,” ou Amiri Baraka appellerait
“le même changeant” – la manière
dont la “platine” était devenu une manière
de transformer la culture en improvisation machinique…
ce genre de truc. Pendant que je faisais des
recherches pour “Errata Erratum,” j’ai
trouvé tellement d’examples qui montrent que la
culture dj intersecte avec le principes centraux de l’avant-garde
du 20eme siècle, qu’il semble qu’ils aient
tous été unconsciemment absorbés. Composé
en 1913, l’”Erratum Musical” de Duchamp est
basé sur
tout un schéma de fautes, erreurs et faux-pas dans une
situation familiale. Et ce que nous appellerions simplement
aujourd’hui “problème technique” dans
la communication entre des programmes, serait pour lui une entière
critique métaphysique de, comme il le dit si souvent,
“comment peut-on créer une oeuvre d’art qui
n’est pas une oeuvre d’art” – mais si
on se replace à cette époque-là de sa carrière
c’était juste un jeu de carte de hasard entre frère
et soeurs.
Le scénario
de base de “Erratum Musical” était comme
suit: Duchamp écrivait une série d’”instructions”
définissant l’interaction de 3 jeux de 25 cartes
pour ses soeurs, et lorsqu’elles prenaient une carte du
chapeau qui passait de main en main, à la création
de l’oeuvre, chacune chantait des phrases au hasard basées
sur une vague interprétation du dessin des cartes. Trois
voix dans le trialogue étaient la base du morceau, les
cartes n’étaient essentiellement rien de plus que
des signaux déclancheurs pour les impulsions inconscientes
d’un coup d’oeil à quelque chose présenté
rapidement puis reposé. C’était tout.
Pour avoir une meilleure idée
de ce que ça devait être, imaginez un diner agréable
au cours duquel les invités chantent un air inspiré
d’un test de Rorshach, et vous aurez une “image”
raisonnable des sons inventés par les soeurs. Ce n’est
pas un saut trop Freudien que d’imaginer les voix familières
transformées en sons abstraites… mais bon, c’était
un peu le but. Etre dj, à mon avis, c’est essentiellement
des systèmes élargis de parenté de rythmes
– un beat va avec un flot sonore ou pas, et c’est
l’interprétation d’un geste qui fait le mix
qui crée l’atmosphere dans la pièce. Pensez
à mon “Errata Erratum” remix en tant qu’une
mise à jour de cette idée pour le 21eme siècle
– mais maintenant nous franchissons différent réseaux
de cultures, et les cartes que nous jouons sont des icones sur
un écran. Une note était attribuée à
chaque carte – pour le remix – vous obtenez différentes
séquences de sons – une présentation visuelle
d’un roto-relief – une carte gravée que Duchamp
a fait tout au long de sa carrière et distribuait de
manière aléatoire autour de lui, Le morceau, comme
vous pouvez voir, s’est dispersé de plus en plus
alors que Duchamp était reconnu et, à la fin de
sa vie, le jeu de carte était devenu une signature profondément
paradoxale. Comme tous les travaux de Duchamp, c’était
personel et impersonel -- l’absorbtion de presque toute
l’”individualité” par la culture industrielle
devenant une expression continue de choix individuels parmis
les dernières options variées d’un monde
d’identités et d’émotions préfabriquées.
Mon “Errata Erratum” fait écho à la
documentation de quatre réalisations de compositions
faites en 1913 par Duchamp compremant “The
Bride Stripped Bare By Her Bachelors, even,
1.3 voices: Erratum Musical”et
la pièce ‘instruction’ “Musical
Sculpture”. Les interprétations musicales
des morceaux composés pour voix, piano, flute alto, violoncelle,
trombone et glockenspiel ont un charactère particulièrement
vague, lent et doux qui fait penser aux compositions sonores
d’Eric Satie ou de Morton Feldman – mais pour le
remix elles étaient basées sur l’interaction
de l’audience et des pièces rotorelief que Duchamp
à distribué au cours de annés. En bref,
c’est de l’art qui peut être téléchargé.
Une sorte d’”anti-sublime téléchargeable”,
ou un truc comme ça.
Je voulais penser
“Errata Erratum” en tant qu’”objets
trouvés” du dj’ing rappelant la manière
don’t je mixerais les disques qui font partie de ma palette
sonore. Essentiellement, “Errata Erratum” est une
expérience de sculpture et de réciprocité
de la mémoire comme modelée par les technologies
de la communication qui sont devenu le noyau de la vie de tout
les jours dans le monde industrialisé. En bref, c’était
sensé être un truc amusant et c’est devenu
beaucoup plus sérieux. Vers le milieu des lointaines
années 90, dj’ing était encore phénomène
underground, et dans un sens, maintenant que les platines se
vendent régulièrement plus que les guitares, les
tables ont littérallement tourné – dj’ing
est un phénomène dominant, et mixer des beats
et des sons est monnaie courante sur internet pour les enfants…
“Errata Erratum” est une migration de ces valeurs
vers une critique ludique d’un des premiers artistes à
avoir cette logique d’irrévérence envers
l’objet d’art et d’appliquer cette logique
à certains des travaux qu’il a imaginé pour
étoffer ses idées à ce sujet dans la “net
culture.” Donc, lorsque vous voyez ces cercles bouger,
pensez boucles et répétitions, cycles et courants,
et pensez à la possibilité de traduire les pensées
d’une personne à l’aide d’autres cercles…
et ça, c’est juste le début. Lors de l’appel
du mix, vous ne pouvez pas vous empêcher de penser au
nombre de personnes qui le composent. Ce projet tente de rassembler
mes favoris de la culture du mix ainsi que des variations sur
un certain thème – un thème aussi large
qu’internet, aussi large que les idées des gens
qui voyagent à travers un système de routage en
fibre optique qui présente notre nouvelle version du
“sublime numérique.” La pièce de Duchamp
intitulée “La Mariée
mise à nu par ses célibataires même Erratum
Musical” suit la même logique et
nous amène à la série de notes et projets
que Duchamp commença à rassembler en 1912 et qui
culmina par son infâme pièce intitulée “Large
Glass.” Elle n’a pas été publiée
ou exposée pendant la vie de Duchamp, mais les implications
sont claires – il voulait invoquer un sens de convergence
entre art et les processus aléatoires, les “générative
syntaxes,” de l’imagination alors qu’il parle
à un monde fait de processus industriels. Le manuscript
de “The Bride Stripped Bare by Her Bachelors Even.
Erratum Musical” ne fut jamais fini et laisse beaucoup
de questions sans réponses – et il nous conduit
vers notre propre précipice, comme mon remix “Errata
Erratum”, il fonctionne dans un cadre d’opération
de hasard, ce qui représente son unique signature dans
un contexte artistique. C’est un milieu dans lequel chaque
“sculpture musicale” est à la fois unique
et complètement dépendante du système qui
a créé le contexte. C’est ce vieux paradoxe
Duchampien qui revient nous hanter, mysterieux, sur intrenet.
Duchamp a dit au cours de sa célèbre conférence
de 1957 “Creative Acte” (l’enregistrement
de laquelle fait partie de “dub version” du morceau
hip-hop de mon remix “Errata Erratum”) “de
toute manière, l’acte de création n’est
pas le résultat de la seule performance de l’artiste;
le spectateur met l’oeuvre en contact avec le monde extérieur
par le déchiffrage et l’interprétation de
ses qualités intrinsèques et ajoute ainsi sa contribution
à l’acte créatif.” Gardez ça
à l’esprit lorsque vous entendez Duchamp parler
sur le rythme dub hip-hop que j’ai préparé
spécialement pour ce projet – je pense qu’on
pourrait l’appeler “M.C. Duchamp” parce que,
en accord avec les standards hip-hop, il a un bon “flow”
– et à ce moment-là dans le morceau, sa
voix est séparée de l’enregistrement de
manière à devenir partie intégrante de
la sculpture musicale, et comme dans l’original “Erratum
Musical” nous observons une voix placée dans un
système d’opérations hasardeuses –
le rythme devient le contexte de la performance, et l’artiste
fait maintenant partie de la palette sonore qu’il décrit.
Les
notes manuscrites dans lesquelles Duchamp décrit les
compositions “Erratum Musical” sont composées
de deux parties. La première contient la pièce
pour un “instrument mécanique.” Inachevée,
cette pièce a été écrite avec des
numéros au lieu de notes, mais Duchamp explique la signification
de ces numéros, ce qui à rendu possible leur traduction
en notes musicales – j’ai essayé d’équilibrer
cette sensation d’incertitude en attribuant des sons à
des disques qui peuvent changer de vitesse et de ton –
car les platines permettent ce type de variation. Pour “Errata
Erratum” je voulais rationaliser ce processus de manière
à donner à l’audience un sens d’improvisation
– comme Duchamp, les pièces indiquent aussi les
instruments avec lesquelles elles doivent être jouées
– mais ce sont des icônes faites de code numérique.
Là où il aurait écrit "player piano,
mechanical organs or other new instruments for which the virtuoso
intermediary is suppressed" on peut cliquer sur l’écran.
Enfin, vous comprenez. La deuxième partie de ses notes
contenait une description du système de composition –
le titre pour le “système” est: “An
apparatus automatically recording fragmented musical periods.”
Ici, à nouveau,
libre à nous d’interpréter un cadre d’activité
donné, et nous sommes invité à l’utiliser
comme une sorte de “système” jeu. Dans ses
notes originales, l’”apparatus” qui permet
de composer est fait de trois parties: un entonnoir, plusieurs
voitures décapotables, et un jeu de balles numérotées.
Imaginez-les tous applatis sur votre écran, et vous aurez
une idée de ce qu’est le remix “Errata Erratum.”
Dans le morceau original chaque numéro sur une balle
représentait un ton – Duchamp suggérait
85 notes en fonction du clavier des pianos de l’époque;
aujourd’hui presque tous les pianos ont 88 notes, et la
plupart des ordinateurs ont à peut près 77 touches
s’ils sont basés sur le système “QWERTY”
classique. En bref, vous avez une sorte d’appareil pour
interpreter le mouvement de vos doigts, j’ai donc pensé
que ce serait cool de faire de cet aspect une fonction basée
sur votre manière de jouer avec la rotation des “roto-reliefs.”
Dans la pièce originale les balles tombent à travers
l’entonnoir dans les voitures qui passent dessous à
vitesses variées. Quand l’entonnoir était
vide, une période musicale était complète.
Avec le numérique, nous pouvons attribuer tous ces gestes
fait avec une souris ou une tablette numérique, et c’est
ce qui rend ce truc marrant. Pensez à l’écran
en tant que toile vierge et c'est juste le début. Il
est généralement accepté que Duchamp est
passé par une phase musicale entre 1912 et 1915 -- “Errata
Erratum” incorpore des aspects de presque toutes ses pièces
qu’il a écrites pendant cette période, et
les rend vecteurs numériques des mêmes intentions,
mais mises à jour, à la sauce 21eme siècle.
L’une des dernières pièces qu’il ait
écrites “Sculpture Musicale,”
est notée sur un petit morceau de papier, que Duchamp
a aussi inclue dans son infâme “Green Box.”
“Sculpture Musicale” est similaire
aux pièces de Fluxus du début des années
60 et encore plus aux logiciels abstraits qui sont au coeur
de la culture musicale numérique contemporaine dans lesquels
des fragments de sons sont combinés en permanence pour
faire des tracks dans la dj culture.
Les travaux de Duchamp unissent objets et performance, audio
avec visuel, facteurs connus et inconnus, et éléments
expliqués et inexpliqués. De ses trois oeuvres
musicales, deux seulement peuvent être joué en
utilisant des manuscrit ou une sorte de système de règles:
’Erratum Musical pour trois voix et la Sculpture
Musicale. The Bride Stripped Bare by Her Bachelors
Even. Erratum Musical était incomplait. Il
est donc important, ici, de donner un contexte: il n’y
avait pas de pièces achevées et tout dans “Errata
Erratum” est à propos de ce vide entre exécution
et intention dans un monde d’incertitude. Quel que soit
le mix que vous en fassiez, cela ne peut être qu’une
supposition – vous devez en faire votre propre version,
c’est là l’idée. Avec ça à
l’esprit, je vous demande de penser à ce projet
en tant que laboratoire de mix – un “open system”
où vous pouvez être n’importe quelle voix.
Les seules limites sont celles du jeu que vous jouez et la manière
dont vous y jouez.
L’artiste
désire remercier l’équipe de Lisa Marks
et du L.A. MOCA, Andrew Ænoch pour sa patience sans limite
lors de la création du site web, Rachel Bowditch pour
être là, et sa mère, Rosemary E. Reed Miller,
pour sa patience aussi.